Les verrières de la Chapelle royale, à Vincennes

La chapelle royale du château de Vincennes telle que nous la connaissons n’est évidemment pas la première qui ait été édifiée sur ce site. Déjà, Louis IX avait fait construire un premier sanctuaire pour recevoir, dans l’enceinte de son manoir, les précieuses reliques de la Couronne d’Épines, reliques qui furent transférées par la suite dans son palais de la Cité, dès que la merveilleuse châsse en pierre et en verre qu’il avait commandée eût été achevée.

Lorsqu’il s’installe à Vincennes et lance son vaste projet, Charles V construit d’abord une collégiale, en 1379, sous le vocable de la Sainte Trinité et de la Vierge Marie. Mais dès 1393, le chantier d’une Sainte Chapelle est en cours, face au donjon. Elle est flanquée d’un “sacraire” qui laisse présumer un possible retour des reliques à Vincennes. Le chantier resté inachevé à la mort de Charles V est repris sous François 1er, qui a mené la construction jusqu’aux superstructures, mais laisse l’édifice sans couvrement ni couverture. C’est à Philibert Delorme qu’il revient d’achever les travaux sous le règne d’Henri II. Il a la sagesse de voûter l’édifice dans le style du XIVe siècle de façon à s’adapter aux tas de charge laissés en attente pendant près d’un siècle. La chapelle fut inaugurée en 1552.

L’édifice est constitué d’une nef unique à cinq travées, une travée droite de chœur et d’une abside à cinq pans. Au nord et au sud de la travée de chœur, deux oratoires sont disposés, pourvus d’agioscopes. Au nord encore, est accoté un “trésor” ou “sacraire” comportant une travée et une abside à cinq pans. À l’ouest de la nef, au-dessus du portail, une tribune est
desservie par les deux escaliers en vis qui flanquent la façade occidentale. L’élévation intérieure de la chapelle est conçue à deux niveaux : un soubassement et de hautes fenêtres. La poussée des voûtes est contenue par des contreforts très saillants et des pinacles élevés. Une charpente, élégante et solide, participe à la stabilité de l’ensemble par le poids de ses bois très abondants. Le décor intérieur est sobre : rangées de feuillages et culots finement sculptés. L’intrados des voûtes est orné de peinture montrant le chiffre HD et le croissant ; comme à la Cité, l’accent est mis sur les vitraux installés tardivement.

Les verrières de la nef

Nicolas Beaurain, maître verrier, exécute entre 1551 et 1555, les vitraux ornés de l’abside. Lors d’une seconde campagne de travaux, entreprise dans les années 1556-1563, il vitre provisoirement, en blanc, toutes les baies de la nef. Après une tempête qui endommagea les verrières, les réparations furent confiées au maître verrier Laurent Marchant en 1575-1576.

Les baies de l’abside, vitrées en couleur, étaient divisées en trois parties horizontales :

  • le registre supérieur représentait les monogrammes et les chiffres des rois,
  • le registre central l’Apocalypse,
  • le registre inférieur les rois François Ier et Henri II.

Les baies de la nef, vitrées en blanc représentaient les rois François Ier au sud et Henri II au nord, regardant vers le chœur. Ces rois étaient situés dans la première travée de la nef en partant du chœur.

D’autres personnages devaient suivre en file, les uns au sud derrière François Ie orant (les deux Guise), les autres au nord derrière Henri II (Montmorency, Catherine et le dauphin).

Les personnages profanes représentés dans la nef priaient en direction de l’abside où se tenaient des personnages saints dans le registre central. Un dessin ancien, exécuté par Robert de Cotte en 1718, représentant un remplage d’une des baies de la nef, laisse supposer que le réseau a sans doute été remanié, à l’occasion d’une des restaurations. En 1788, un ouragan détruisit les cinq verrières entourant la rose de la façade occidentale.

Alexandre Lenoir déposa les vitraux de l’abside en 1796, afin de les abriter au musée des Monuments français. L’Inventaire général des richesses artistiques de la France contient le journal de Lenoir où l’on peut lire « Reçu du citoyen Dior, vitrier, la totalité de ce qui restait des vitraux de la chapelle de Vincennes, sept croisées, le reste a été cassé ».

Ce qui pouvait éventuellement subsister fut sans doute détruit par l’explosion de la poudrière en 1819. Le maître Verrier restaura, en 1820, les vitraux de l’abside, conservés au musée des Monuments Français. Il compléta les tableaux avec des panneaux étrangers à Vincennes. Leur repose s’effectua à la Sainte Chapelle entre 1820 et 1823.

Au XXe siècle, après les nouveaux désastres de 1944, la restauration des vitraux fut confiée à Jean Trouvelot.

Il put, dans les années 1950 à 1960, refaire tous les réseaux endommagés, replacer dans le chœur les verrières déposées préalablement, et adapter une nouvelle vitrerie pour Les baies de la nef : dessins géométriques simples pour les lancettes, mais aux coloris recherchés, et probable reconstitution dans les remplages des motifs Henri II relevés par Robert de Cotre.

Le matin du 26 décembre 1999, la tempête qui dévasta la France n’épargna pas Vincennes. Les trois baies sud de la nef n° 14, 12 et 10 et deux baies nord, n° 13 et 15, volèrent en éclat.

Le vent soufflait Sud-Ouest et frappa d’emblée les fenêtres sud, dont seules les lancettes est furent détruites, celles de l’ouest étant protégées par la saillie des contreforts.

Cette percée effectuée, des phénomènes conjugués de turbulences et de dépression entraînèrent la destruction complète des trois fenêtres nord, dont meneaux, vitraux et barlotières furent projetés à l’extérieur. C’est ce qui sauva sans doute le superbe ensemble du chevet, le vent
traversant dès lors sans obstacle la nef.

L’état des verrières à restaurer

Les trois baies nord ont perdu leurs meneaux secondaires alors que les meneaux principaux, très fragilisés, ont dû être frettés. La maçonnerie des jambages est très altérée au droit des encastrements de barlotières dans la pierre. En effet, les barlotières ont été descellées par la pression du vent sur les vitraux. Les six chaînages de chaque fenêtre sont encore en
place alors que les barlotières ont disparu. La plupart des vitraux sont tombés au sol ou ont été déposés.

Les deux baies nord ont davantage été endommagées par la tempête : en effet, leurs trois meneaux respectifs ont été brisés et toutes leurs verrières démolies ou déposées. Seuls les chaînages haut et bas sont encore en place.

L’extrême minceur des meneaux et la grande élévation des baies expliquent ces démolitions. Les chaînages et les barlotières fléchirent sous la pression du vent exercée sur la grande surface des vitraux, comme le vent dans les voiles d’un bateau.

Les serrureries se descellèrent des jambages en raison de la flexion infligée. Elles entraînèrent dans leur chute, meneaux et vitraux.

Entreprises
Pierre de taille : Léon Noel, Reims.
Vitrail : Le Breton.
Serrurerie : De Pirey.
Taille de pierre : Mainponte.

Travaux en cours

Le principe de la consolidation entreprise consiste à renforcer les structures métalliques horizontales, en partie responsables des désordres. Les chaînages sont consolidés par des
éléments de renfort en fer doux formant dédoublement. Les pannetons sont remplacés par des tiges filetées taraudées dans les chaînages et les éléments de renfort La flexibilité des chaînages est ainsi sensiblement réduite et les meneaux en pierre moins sollicités. Les barlotières en fer doux sont restituées à l’identique.

Les meneaux disparus sont en cours de restitution. Les assises des piédroits endommagés sont remplacées. Les remplages en pierre systématiquement déposés pour vérification avant repose. Certains éléments de fourches ont été remplacés.

Enfin, l’ensemble des vitraux, des remplages et des lancettes, encore en place sont déposés pour vérification puis reposés. Les vitraux disparus sont restitués à l’identique et les panneaux entreposés à l’abri dans des caisses reposés après vérification. La nature des vitraux géométriques à bornes des lancettes obéissent à un rythme : les bornes sont des carrés à pans coupés dans les baies n° 12 et 13 et des losanges à pans coupés dans les trois autres baies (10, 11 et 14). La qualité des verres utilisés par Jean Trouvelot étant encore disponible, une restauration à l’identique avec intégration des éléments anciens sauvegardés est possible.

L’idéal voudrait que l’on nettoyât, dans le même temps, les parois du vaisseau, d’autant qu’un rapport de la Société APAVE préconise vivement, après examen rapproché, qu’une consolidation des voûtes soit effectuée avant réouverture complète du local au public. L’opération est aujourd’hui engagée et réalisée à 50 % environ. Suite à une vérification des structures par l’APAVE, les désordres des voûtes seront repris. À cette occasion, la totalité de la nef sera nettoyée et restaurée. La maîtrise d’ouvrage de l’opération est confiée au SNT. L’édifice sera ainsi à nouveau ouvert au public en 2005. Seule la visite du chœur est possible jusqu’à cette date.

Dominique MOUFLE
Architecte en chef des monuments historiques


Les verrières du chœur

Protégées des vents dominants par les bâtiments voisins, celles-ci ont été épargnées par la tempête de 1999. Un ensemble de verrières de la Renaissance reste donc visible après avoir traversé des périodes troublées. Menacées par la Révolution de 1789, elles furent démontées et mises à l’abri au musée des Augustins par Alexandre Lenoir en 1796. Plus tard, elles furent profondément endommagées par une explosion de la poudrière en 1819. Les verrières actuelles sont celles qui ont été restaurées par le maitre-verrier Jean Weiss et reposées après restauration entre 1820 et 1823 ; certains désordres dans la repose en rendent la lecture difficile. Le projet d’origine toujours lisible est une apocalypse réalisée par Nicolas Beaurain. Ce thème a sans doute été commandé par François Ier soucieux d’affirmer sa position face à la Réforme, deux siècles après le début du chantier d’une chapelle dédiée par Charles V à la Vierge.

Les verrières sont divisées en trois registres : au centre l’apocalypse tandis que les panneaux supérieurs portent des monogrammes et décors héraldiques. Le registre est dédié aux rois François Ier et Henri II ainsi qu’aux saints. Sept chapitres de l’apocalypse sont ici représentés (sur vingt-deux). Tous reprennent des thèmes relatifs à l’anéantissement. Malgré quelques erreurs dans les assemblages du XIXe siècle on reconnaît :

  • les anges exterminateurs, baie axiale ;
  • l’amertume des eaux, baie 1 ;
  • l’obscurcissement des astres, baie 1 ;
  • l’incendie des arbres et des plantes, baie 2 ;
  • la mer changée en sang, baie 2 ;
  • l’ange donnant un livre à saint Jean, baie 3 ;
  • la vision des deux témoins, baie 3 ;
  • les serviteurs de dieu, baie 4 ;
  • la distribution des sept trompettes, baie 4 ;
  • la distribution des robes blanches, baie 5 ;
  • la moisson et la vendange des nations, baie 6.

La Fondation Gaz de France contribue à la restauration des vitraux du chœur pour un montant de 76 225 euros par an. Les vitraux historiés du chœur feront l’objet d’une restauration grâce au soutien financier de la Fondation Gaz de France.

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