La transformation des anciennes prisons de Lyon

  • juin 2016
  • Par Pierre Franceschini , ABF, Chef de l’UDAP du Rhône et de la métropole de Lyon
L'ancienne prison Saint Joseph depuis le chemin de ronde, transformée en logements et, en arrière plan, l'ancienne prison Saint-Paul, transformée en université. © Carole Fouque
L’ancienne prison Saint Joseph depuis le chemin de ronde, transformée en logements et, en arrière plan, l’ancienne prison Saint-Paul, transformée en université. © Carole Fouque

Les 2 grandes prisons de Lyon se sont implantées, au XIXe siècle, à la confluence du Rhône et de la Saône, dans le quartier de Perrache conquis sur le fleuve à la fin du XVIIIe siècle. Aujourd’hui enclavées entre les voies ferrées au Nord, l’autoroute et le fleuve à l’Est, le cours Suchet et le projet Confluence au Sud, elles font l’objet d’une réutilisation partielle avec reconstruction importante sur plus de 2 hectares et 61 000m² bâtis.

Ces deux anciennes prisons de Lyon s’inscrivent dans la pensée du XIXe siècle sur l’univers carcéral, directement inspirées des réflexions des Lumières sur l’enfermement. Elles expriment par leurs plans très différents (en peigne pour Saint Joseph et panoptique rayonnant pour Saint Paul) un cas unique en France de la concrétisation architecturale de l’évolution de la pensée.

Historique

La prison Saint Paul, construite entre 1860 et 1865 par Antonin Louvier, architecte départemental du Rhône, est organisée sur un système panoptique de 6 bâtiments rayonnant autour d’une rotonde centrale de surveillance surmontée d’une chapelle. Elle est construite entièrement en pierres de taille (pierre dorée du Lyonnais et pierre de Villebois).

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L’ancienne prison Saint-Paul et sa rotonde, surmontée de sa chapelle. © Carole Fouque

La prison Saint Joseph, construite par Louis Pierre Baltard entre 1827 et 1831, est conçue sur un plan orthogonal pavillonnaire en peigne (issu du modèle de l’architecture hospitalière). L’ensemble est composé de 6 pavillons (quartiers collectifs) construits en maçonneries enduites et pour partie en pierres de taille. Les pierres utilisées sont celles de Préty en Saône-et-Loire et les pierres dorées des Monts d’Or. Les 6 pavillons sont reliés par des portiques (galeries) en pierres massives de « villebois » du Bugey. Conçu dans une architecture néoclassique « parlante », l’ensemble est composé de formes massives destinées à démontrer la force de l’institution, en particulier le pavillon administratif d’entrée et le pavillon central (poste de garde surmonté d’une chapelle octogonale à coupole) en pierre de grand appareil.

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La prison Saint-Joseph et ses galeries de circulation. © Carole Fouque

Le projet retenu

Le choix s’est porté sur le projet de la SOFADE (groupe Dantressangle) mandataire associé

  • pour la prison Saint Paul à l’Université catholique (35 000 m²) avec l’agence d’architecture Garbit Blondeau ;
  • pour la prison Saint Joseph à OGIC avec l’agence d’architecture Ory et F. Didier architecte en chef des Monuments historiques.
    Au total le site aura 61 000m² de bâti, suite à une vente par l’Etat pour 25 millions d’euros.

La réalisation

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La prison Saint Paul et sa rue intérieure. © Carole Fouque

Le parti architectural de l’Université catholique, dans la prison Saint Paul consiste à construire et restaurer 35 000 m² avec la construction de bâtiments neufs sur le pourtour à l’emplacement de l’enceinte, très partiellement conservée ; la création d’ une grande « rue couverte » traversante d’Ouest en Est et la réutilisation de deux ailes complètes, trois partielles ainsi que la rotonde centrale, point de distribution de toute l’université, surmontée de la chapelle d’origine qui a retrouvé son affectation.

Pour l’ancienne prison Saint Joseph, le groupe OGIC promoteur (avec l’OPAC du Rhône et Habitat et Humanisme) réalise 11 000 m² de bureaux, 107 logements en accession, 54 logements sociaux et une résidence étudiants de 108 chambres. Le parti est de conserver la partie centrale d’origine avec ses bâtiments Est (pavillon d’entrée) et Ouest. Ce choix a permis une remise en valeur patrimoniale montrant la qualité exceptionnelle de l’œuvre de Baltard. L’ensemble des portiques à colonnes monolithes en dorique sans base ont été restaurés de même que les enduits d’origine « jeté au buis » restitués. La rotonde centrale avec sa voûte en pierre de taille a retrouvé son aspect d’origine avec ses baies basilicales ; de même que le mur d’enceinte a pu être conservé sur le quai. Cinq des six pavillons en peigne ont été remplacés par des immeubles neufs, un seul étant conservé et transformé en logements.
Démarré en 2012, le chantier est en cours d’achèvement avec la dernière tranche de bureaux.

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Le contraste -et le dialogue- entre les murs de l’ancienne prison Saint-Joseph et les nouveaux logements résolument contemporains est ici évident. © Carole Fouque

En conclusion

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L’ancienne entrée de la prison Saint-Paul. © Carole Fouque

Cette opération unique d’une très forte densité bâtie apporte 2 réponses très différentes selon la spécificité de chacune des prisons et de chaque programme :

  • une perception extérieure de l’ancienne prison Saint Paul, entièrement neuve mariée à une perception en cœur d’îlot instaurant un dialogue complexe et subtil entre l’ancien et le contemporain. Une volonté de création plus forte que de préservation à l’extérieur, mais un programme fonctionnel plaqué sur le plan panoptique : niveau des étages issus de l’ancienne prison, accueil central avec diffusion des circulations rayonnantes par exemple.

  • une perception de contraste fort entre le neuf et l’ancien dans la prison Saint Joseph, autant de l’extérieur que de l’intérieur. Un patrimoine remarquable restauré avec grand soin tout en conservant une faible densité et un contraste fort avec le bâti neuf très dense des bureaux et logements.

  • Une volonté de comprendre le patrimoine du dehors comme du dedans en conservant par exemple une partie importante du mur d’enceinte ou en gardant une trace symbolique de ce mur avec des bétons bouchardés de pierres dorées concassées des Monts d’Or issues des démolitions.

    Sans doute discutable par l’importance des destructions patrimoniales, par une très forte densité, cette opération est une expression passionnante de l’ère de notre époque où le privé se substitue au public où l’intérêt privé participe à l’intérêt public. Cette réalisation à la fois urbaine, architecturale et patrimoniale enrichit notre réflexion sur le sens de la mémoire dans le projet.

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