Les Journées pyrénéennes du patrimoine : expérience de tourisme culturel transfrontalier

En Midi-Pyrénées, un groupe de travail composé de bénévoles, d’élus et de personnalités scientifiques, sous l’égide de la Direction régionale des affaires culturelles, a permis de mettre en place un réseau de collaborations transfrontalières, issu des Journées européennes du patrimoine.

Initiées par la France en 1984, les Journées du patrimoine qui attirent chaque année, au mois de septembre, le public français et maintenant européen, sont en effet devenues Journées européennes du patrimoine en 1991 sur décision du Conseil de l’Europe, avec l’accord et le soutien de l’Union européenne.

Participer à l’ouverture européenne

À compter de cette date, tout en restant libre dans l’organisation de ces journées, chaque pays participant a été encouragé à adopter un certain nombre de principes affirmant le caractère européen de la manifestation : choix de la période (début de l’automne), utilisation d’un logo commun, adoption dans chaque pays partenaire d’un thème commun, mise en place d’activités transfrontalières entre pays voisins…

L’enjeu de l’opération est double : révéler au public européen son identité culturelle, dans le respect des diversités régionales et nationales ; mais aussi favoriser l’émergence de valeurs communes, facteurs de rapprochement (intérêt pour l’histoire des pays de l’Europe, respect pour des formes d’art spécifiques où se reconnaissent cependant les mêmes grands courants artistiques, désir induit de combler les lacunes linguistiques). Chaque région française possédant une “frontière” avec un autre pays d’Europe est ainsi invitée à valoriser les liens ou les points communs qu’elle possède avec lui.

Sur le plan local, ces objectifs ont en complémentarité l’ambition d’aider le public et les responsables locaux à une meilleure prise de conscience de leur responsabilité envers le patrimoine, ainsi que d’associer étroitement le patrimoine aux projets de développement des territoires.

Revivifier une tradition d’échanges

C’est dans cette perspective que la Direction régionale des affaires culturelles de Midi-Pyrénées, en 1995, a assuré une mission de coordination pour un premier circuit culturel transfrontalier entre l’Andorre et le département français de l’Ariège. Cette manifestation sur deux jours, entourée de succès et plébiscitée par la presse,
s’est intitulée spontanément “Journées pyrénéennes du patrimoine”. Largement soutenues par le Département des affaires internationales du ministère de la Culture (DAI), ces Journées pyrénéennes du patrimoine ont connu, en trois ans, un important développement géographique. En septembre 1997, elles ont rassemblé en effet, autour de leur patrimoine respectif, l’ensemble des territoires pyrénéens couverts par l’Andorre, le nord-ouest de la Catalogne (l’Alt Urgell et le Pallars Sobirà), les hautes vallées de l’Aragon et celles des trois départements frontaliers de Midi-Pyrénées (Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Ariège)… Sous le titre générique “Franchir les Pyrénées”, cet échange culturel a eu pour principe de proposer, entre les deux versants, des circuits à thèmes, aptes à mettre en valeur les différentes expressions patrimoniales qui se rencontrent sur le territoire pyrénéen.

Pour mieux servir les échanges culturels entre les deux versants, ces rencontres se sont données pour objectif de souligner les traits culturels propres à l’identité pyrénéenne et communs aux deux versants, afin de mettre en évidence les liens profonds qui ont toujours existé entre le peuple français et le peuple espagnol à l’intérieur même de cette barrière géographique que constitue la chaîne des Pyrénées.

En cette partie des Pyrénées centrales, en effet, se dressent les sommets les plus réputés du massif avec leurs glaciers. Leurs versants abrupts plongent sur des vallées profondes sans communication apparente. Pourtant, ce qui apparaît à l’horizon comme un obstacle physique impressionnant, a, depuis des siècles, comporté tout un réseau de sentiers, chemins, passages, conduisant à des cols frontaliers, tous témoins, en dépit des conflits territoriaux politiques, d’une longue tradition d’échanges entre les hommes. L’étude du patrimoine culturel de ces régions frontalières est, à cet égard, évocatrice. Depuis le XIe siècle, les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle ont facilité, avec la diffusion des dévotions populaires à travers le relief, celle des courants artistiques. À cela, s’ajoutent l’utilisation de ces voies pour la circulation de denrées commerciales, la multiplication sur leur parcours de “gîtes d’étape”, les hospices, la coutume du partage des herbages entre les deux versants dans le cadre de la transhumance des troupeaux (les fameux “lies et passeries”).

Il s’est donc agi de restituer au public la lecture de cette pratique ancestrale du passage, en proposant, à partir des communications routières aujourd’hui en vigueur, des circuits à thèmes. Églises romanes, statuaire monumentale, retables en bois doré, tours et châteaux de défense, hospices d’accueil des Chevaliers de Jérusalem, halles de village et maisons traditionnelles, savoir-faire liés au bois, au fer, à l’eau ou à la pierre. ont été diversement appréhendés au cours de ces journées. Chaque thématique a donné lieu à un dépliant illustré comportant des notices sur les sites sélectionnés et une carte simplifiée. Ces documents, bilingues pour chacun des circuits concernés, ont représenté, rien que pour les Pyrénées centrales, la collaboration de quatre langues : castillan, catalan, aragonais et français.

Intégrer patrimoine et vie quotidienne

Dans cette mise en œuvre, la difficulté consiste à mettre en relation les éléments recensés avec de nouvelles thématiques. S’agissant de zones montagneuses, parfois hostiles à toute forme d’implantation humaine, l’inventaire du bâti artistique affiche, pour certains secteurs, un problème d’absence de densité. On s’aperçoit rapidement que pour illustrer tel ou tel parcours, on ne “disposera” que de quelques édifices déjà maintes et maintes fois signalés. Il est donc indispensable d’offrir au public une approche patrimoniale complète, en associant au patrimoine protégé où remarquable, le “petit patrimoine” et celui des objets usuels de la vie quotidienne, c’est-à-dire l’univers encore riche et palpable des témoignages ethnographiques et des lieux muséographiques. À ce titre, les Journées pyrénéennes ont bénéficié de la collaboration et du soutien important du “Réseau des musées pyrénéens”, opération transfrontalière de beaucoup plus grande envergure puisqu’elle concerne l’ensemble des régions et pays répartis de part et d’autre de la chaîne pyrénéenne, également conduite par la DRAC de Midi-Pyrénées.

Il existe aussi des parties du massif où le patrimoine bâti n’apparaît quasiment plus ou ne laisse que des traces. Le paysage, dans sa grandeur naturelle, est alors magnifié pour sa valeur patrimoniale exceptionnelle. C’est le cas en particulier du massif du Mont-Perdu qui vient de faire l’objet, récemment, d’un classement au titre du patrimoine mondial de l’humanité.

Étendre les thématiques

À ce stade de l’opération, il a été ressenti un fort besoin d’assurer une meilleure diffusion de l’information et, surtout, un suivi plus concret des circuits sur le terrain, en instaurant un véritable accueil dans les sites répertoriés, la mise en place de guides conférenciers bilingues, en bref, toute une logistique de développement touristico-culturel. Il est également souhaité de prolonger la manifestation au-delà du mois de septembre, par une exploitation éventuelle des thématiques à l’aide de publications ou de conférences, afin que l’énergie déployée à l’occasion de cette préparation puisse avoir des retombées, non seulement
sur deux jours, mais aussi sur l’ensemble de l’année et atteindre tous les publics (scolaires, troisième âge, et public des loisirs qui associe de plus en plus le culturel à la détente ou à la randonnée). Dans cette perspective, la Direction régionale des affaires culturelles de Midi-Pyrénées a souhaité confier l’opération à une structure professionnelle susceptible de porter l’ensemble du projet, depuis la recherche des crédits jusqu’à la réalisation des “produits” de communication. Le choix s’est porté sur la société Rando-Développement qui agit aujourd’hui en partenariat avec le CETIA (Université du Mirail).

Cette année 1999, le ministère de la Culture, tout en proposant le thème de la citoyenneté à la France, pour ses Journées nationales du patrimoine, a une nouvelle fois encouragé toute action de ses services en faveur de la communication culturelle européenne. L’Europe, un patrimoine commun est désormais inscrit sur la bannière des prochaines Journées européennes du patrimoine. Ainsi, les multiples
déclinaisons, y compris transfrontalières, de la citoyenneté, que les directions régionales des affaires culturelles et tous leurs partenaires proposeront à la
curiosité du public les 18 et 19 septembre prochains, pourront-elles être ressenties comme les ébauches de notre citoyenneté européenne.

Claire FOURNIER
Documentaliste Inventaire Midi-Pyrénées

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