Le cœur historique de La Ciotat se caractérise par un urbanisme en damier issu de l’extension, à la fin du XVIe siècle, du noyau médiéval, posé sur la rive nord du port. Chaque îlot est plein, découpé en parcelles laniérées, quasiment dépourvues de cours1 . Les rues standard font dix pieds de large et ont conservé leur profil et leurs trottoirs en dalles de calcaire issus des années 1820.
Alors que le territoire de La Ciotat vit depuis trente ans une urbanisation galopante, le centre-ville s’est paupérisé et dégradé, victime de marchands de sommeil. L’ancienne municipalité de La Ciotat a acquis en 2014 un îlot entier, où se trouvait deux maisons incendiées, mises en sécurité.
À la demande de l’ABF2 , une étude historique avait été réalisée en 2016, mais elle limitait l’examen du bâti à celui des façades sur rue. L’objectif était de raser l’ensemble de l’îlot et de n’en rebâtir que la moitié en créant une place au sud, au motif “d’aérer” le quartier.

Saisi en 2019, préalablement au dépôt d’un permis de démolir, j’ai demandé à procéder, en compagnie du nouveau maire et de ses équipes, à une visite intégrale des immeubles. Il a pu être constaté à la fois l’état de vétusté très inégal des immeubles mais également leur richesse historique, comprenant planchers, voûtes ou huisseries remontant au XVIIIe voire au XVIIe siècle.


La ville a alors commandé à la société d’économie mixte locale3 , une étude approfondie de l’îlot, suivie d’une faisabilité. Pour ce travail, l’offre d’une agence d’architectes spécialisés dans la restauration de monuments historiques4 a été retenue.

Précédée d’un diagnostic extrêmement détaillé des structures existantes, la proposition relevant à la fois d’un curetage interne au scalpel, d’une réhabilitation soignée du bâti et de la création d’un îlot de fraîcheur cochant toutes cases du développement durable5 , a littéralement “retourné” le conseil municipal, lequel a engagé le lancement d’une opération dont le permis a été accordé fin 2024.
Le projet comporte douze logements (du RDC au R+3) avec des espaces extérieurs, deux commerces et des locaux communs et techniques.


Conclusion : L’expérience de l’îlot Renan fait la démonstration que ce tissu peut être réhabilité “de l’intérieur”, en restaurant ses façades variées, en conservant ses ruelles méditerranéennes protégeant du Mistral ou des ardeurs du soleil tout en révélant ses caractéristiques intérieures. Elle a aussi eu pour effet de réintéresser la commune à une meilleure protection de son patrimoine urbain par sa candidature au label de Villes et Pays d’Art et d’Histoire par délibération du 3 juin 2024 et lancement de la procédure d’élaboration d’un Site patrimonial remarquable par délibération du 23 juin 2025, alors que la mise en place d’une ZPPAUP avait échoué en 2006 au seuil des procédures de validation.


- Cette organisation intérieure est comparable à celle du quartier du Panier à Marseille. ↩
- La Ciotat étant couverte par les périmètres de protection de plusieurs monuments historiques. L’îlot concerné est néanmoins hors de leur champ de visibilité. ↩
- La SOLEAM, Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine, Mme Isabelle Aillot ↩
- Agence ARCHIGEM, Mme Stefania Guiducci et M Marzio Mercandello ↩
- L’opération a reçu en octobre 2025 le label argent BDM “Bâtiment Durable Méditerranéen”. ↩
