Le port de Concarneau, un laboratoire pour la protection du patrimoine maritime ?

Le port de Concarneau. © Plan-guide, Région Bretagne, 2021.
Le port de Concarneau. © Plan-guide, Région Bretagne, 2021.

Deuxième ville du Finistère, Concarneau est un port “mythique”. La ville s’est développée autour de la Ville close, forteresse datant du XIIIe siècle et de son port de pêche. Elle a prospéré autour du commerce des produits de la pêche et se caractérise, aujourd’hui, par une grande polyvalence d’activités liées à la mer.

PFE présenté le 28 juin 2024
Promotion 30
sous la direction de Henry Masson, chargé de mission pour le patrimoine à l’inspection générale des Affaires maritimes

Alfred Guillou, Les sardinières de Concarneau; 1896. © Wikimedia Commons.

Cette composition historique, géographique et paysagère est unique et ce port a une organisation complexe, de par la diversité des filières économiques qui s’y sont implantées progressivement ainsi que des évolutions de sa gouvernance. Cette zone est protégée par une Aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine (quais, criées, chantiers navals…).

L’originalité de cette réflexion réside dans le fait de considérer la Ville close et le port de Concarneau comme un ensemble unique et indivisible. La présence de friches de manière prolongée met en péril son attractivité. De nombreuses alertes viennent questionner le rôle de l’architecte des bâtiments de France.

Jusqu’à quel point peut-on accepter les mutations du port sans perdre l’identité même du site ? Comment s’incarne le rôle de conseil et d’anticipation de l’ABF au sein d’un territoire à la gouvernance émiettée ?

Le Port de Concarneau, un port polyvalent au cœur de questions patrimoniales

Le port de Concarneau. © Plan-guide, Région Bretagne, 2021.

Les activités portuaires actuelles demandent une gestion de l’espace en finesse

Un port est la réponse architecturale et technique aux activités générées par différents trafics locaux, nationaux et internationaux. Qu’il soit question de transporter, d’accoster, de stocker, de conserver, de construire ou encore d’étudier, une solution est conçue pour chaque fonction. La pression économique contraint à de perpétuelles adaptations de cet espace. À chaque nouveau besoin, une solution doit être trouvée au risque de perdre des parts de marché. La résultante de ce dynamisme économique et de la diversification des activités est un patrimoine bâti varié.

Aujourd’hui, le port de Concarneau se distingue par sa polyvalence et par sa centralité dans l’espace urbain. Il accueille six activités économiques principales : la pêche, la construction et la réparation navales, la plaisance, la filière nautique professionnelle, la course au large et les activités maritimes dites émergentes. Lorsque Florence Parly visite les chantiers navals Piriou en 2019, elle insiste sur l’importance stratégique du tissu industriel de la ville où sont construits et réparés de nombreux navires militaires. De la course au large en passant par la pêche ou la construction de bateaux décarbonés, Concarneau fascine par la diversité de son plan d’eau.

Une gouvernance émiettée

Monument distinctif de la ville, la Ville close est un marqueur urbain et militaire protégé au titre des Monuments historiques. De façade à façade, le port est le principal espace public ; un écrin urbain qui fait briller ce monument emblématique. Sa dimension exceptionnelle et l’étendue de ses rives urbaines sont le fruit de mutations urbaines tout au long du XX e siècle.

Dans le cadre de la “Loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République” (NOTRe), le département du Finistère a transféré, dans son intégralité à la région Bretagne, la propriété du port de Concarneau, le 1er janvier 2017. À ce transfert est venu s’ajouter la création d’un syndicat mixte pour permettre au département de continuer à s’investir dans la vie portuaire en 2018. Bien que la Région Bretagne, autorité portuaire, soit mobilisée pour déployer un schéma d’aménagement à travers la rédaction d’un plan-guide, la présence de friches de manière prolongée met en péril l’attractivité du site.

Plan-guide. © Région Bretagne, 2021.
Avap, règlement centre-ville, avril 2024. © Avap????.

Aussi, des enjeux d’intérêt général sous-jacents à ces zones en mutation apparaissent-ils : rupture urbaine et architecturale, identité de quartier portuaire à construire, mixité fonctionnelle à assurer, appui aux collectivités. Concomitamment, l’Aire de valorisation de l’architecture et du patrimoine (AVAP) de Concarneau est opposable depuis le mois d’avril 2024. Celle-ci met en exergue l’intérêt du patrimoine portuaire en valorisant tout ce qui renforce le caractère maritime de la ville à l’instar des quais, de la criée, des chantiers navals ou encore des navires de pêche et de plaisance.

Une approche volontariste pour exercer l’architecture

Un patrimoine maritime en péril

À date, une partie de ce patrimoine est en friche. Il convient de s’interroger sur les modalités d’accompagnement des collectivités pour amorcer une sortie de cette impasse.
À ce titre, au sein de l’AVAP, plusieurs bâtiments sont dans un état de dégradation avancé :

  • La Tour du Belvédère et le 1er étage de la criée : d’inspiration Art déco, ce bâtiment remarquable est vacant depuis plus de dix ans ; son état ne cesse de se détériorer alors que la localisation du site est stratégique et pourrait faire l’objet d’une réhabilitation si de nouveaux usages sont identifiés.
Hôtel des Gens de mer, tête de criée. © Sarah Zouheir, mai 2024.
  • L’Hôtel des Gens de mer : situé rue du Port, il est inoccupé alors que son architecture est caractéristique des constructions bretonnes des année 1950.
    Parallèlement, l’installation de l’antenne du Muséum national d’Histoire naturelle dans cette zone risque de pâtir de ce contexte urbain en cours de dégradation avec la présence de deux friches à proximité alors que la construction du nouveau bâtiment mobilise un budget public conséquent (six millions et demi d’euros).

Les trois défis de l’ABF

La question centrale est de préciser le cadre d’intervention de l’ABF pour accompagner les mutations La question plus largement posée par ce projet est celle des marges de manœuvre à disposition de l’ABF, dans un environnement physiquement très contraint et dans un contexte de libre administration des collectivités. Trois défis structurent son intervention :

  • concilier développement économique et protection patrimoniale, sans les opposer frontalement
  • renforcer sa posture de conseil et d’anticipation, afin d’optimiser l’instruction des autorisations d’urbanisme lorsque celles-ci lui sont soumises
  • accompagner la réinvention de la ville en capitalisant sur les potentialités offertes par les bâtiments en friche protégés au titre de l’AVAP.

Aussi, afin de réaffirmer l’engagement de l’État, il conviendra de repenser un nouveau mode opératoire pour que l’ABF puisse se positionner différemment au sein de cet écosystème mouvant. La piste de l’organisation d’un concours Europan est explorée. Cette hypothèse a été largement partagée avec les acteurs du port et l’équipe encadrante du concours ; elle suscite un réel enthousiasme.

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